Les plaisirs du mouillage !

Avant de commencer ce voyage, le nombre de mouillages que nous avions effectué devait à peine se limiter aux doigts d’une main : 2 ou 3 nuits à l’archipel des Glénans et une ou deux il y a une vingtaine d’année en Bretagne nord, pas très loin de la baie de Paimpol… Les belles infrastructures portuaires françaises n’incitent pas à dormir dehors. Par ailleurs, l’appel de la douche à la capitainerie et de la ptite mousse au bar du coin finissent souvent de convaincre l’ensemble de l’équipage d’aller prendre une place au port pour la nuit. L’art du mouillage forain (et non « de forains » comme aiment à le dire certains !) est donc une pratique assez limitée en métropole, en tout cas en ce qui nous concerne.

Depuis une quinzaine de jours, nous avons donc considérablement enrichi notre expérience dans ce domaine. Après le mouillage sur bouée de boy boat en Dominique, le mouillage rouleur en Guadeloupe, le mouillage barbeuc à Sainte Anne, nous avons testé le mouillage par 30 nœuds de vent…

Hier après-midi alors que nous étions en route pour le sud de Sainte Lucie, les vents ayant tournés au sud, nous avons décidé de faire une halte pour la nuit dans la baie de Rodnay que nous avions découvert quelques jours plus tôt. Quelques minutes après avoir posé l’ancre, nous avons pu sentir le vent forcir assez rapidement pour atteindre par rafale un peu plus de 30 nœuds. Le vent ayant également continué à tourner au sud-ouest/ouest, notre mouillage prévu pour du nord-est est rapidement devenu inconfortable. La houle s’est levée et le bateau s’est mis à être bien chahuté. Le point positif est que la nuit n’était pas encore tombée, nous avons donc pu constater par nos alignements que notre ancre ne bougeait pas. Afin de soulager le système de direction du bateau, je suis allé chercher au fond du sac un bon vieux sandow pour l’installer sur la barre et limiter ainsi les grosses embardées générées par la houle sur les safrans. Après un bol de pattes carbo, oh combien apprécié et rapidement expédié par l’équipage plus ou moins nauséeux, nous nous sommes installés dans un rythme de quart pour veiller sur les embardés de la barre et s’assurer que notre mouillage continuait à bien tenir.

Les mouvements du bateau, le vent et l’état de la mer nous donnaient le sentiment d’être en pleine navigation avec une belle vitesse alors que nous faisions juste du sur place ! Tout autour de nous les feux de mouillage des bateaux voisins remuaient dans tous les sens, ceux des monocoques étant particulièrement branlants.

Le début de la nuit a été assez impressionnante. Pas une étoile n’était visible. La lune absente également, rendait l’obscurité totalement noire et sans perspective. Au bout d’environ 1h30, un espèce d’énorme gâteau flottant est venu rompre cet univers. Il s’agissait en fait d’un paquebot de croisière passant au loin avec ces 3 étages de pont intégralement illuminés. Quelle débauche d’énergie ! De notre côté, nous étions avec un feu de mouillage et une frontale éteinte !

Environ 2h30 plus tard, une première étoile est apparue, puis une autre suivie de quelques nuages blancs. Quel plaisir ! Le ciel était en train de reprendre les couleurs que nous lui connaissions. Après quelques temps, la mer a commencé à se calmer, les embardés ont diminué, j’ai donc laissé mon pote « Sandow » continuer à faire son boulot tout seul et suis allé me coucher.  La nuit, agrémentée de quelques checks sur le pont, a ensuite été tranquille.

Ce matin, nous avons eu le plaisir de redécouvrir une mer et un ciel bleus et chauds comme nous les aimons. Une fois les formalités de clearance accomplies, nous avons donc continué notre route vers le sud en passant par Marigot Bay, puis avons pris une bouée au pied des 2 pitons dans la baie de la soufrière.